M & m's, une moto se raconte....

En avant pour le tour de la Méditerranée.

Rebonjour. Si vous en êtes là vous me connaissez et avez sans doute déjà lu le récit de mon voyage africain effectué en 2005. Depuis pas grand chose à me mettre sous la dent; un petit tour en Italie et un autre en Suisse. Enfin rien de terrible par rapport à Mao mon boss qui pendant ce temps là est parti en Côte d'Ivoire, au Pakistan, dans l'est tchadien, en Turquie, en Mauritanie et en Egypte. Inutile de dire que je commençais à être un peu jalouse... Pour ce nouveau voyage Mao n'a pas pu me faire de surprise, d'abord parce que je commence à le connaître et surtout parce qu'à l'inverse de l'Afrique ce coup ci il a fallu se préparer administrativement . Je n'ai rien perdu des allers retours pour récupérer les visas, le billet bateau, le carnet de passage en douane... Enfin toutes les saloperies indispensables pour pouvoir partir sereinement en Afrique, en Asie, en Europe ou ailleurs. Comme toujours je suis allée me faire bichonner chez Olivier mon mécano BM préféré à Lyon. Avec mes pneus à tétines j'étais fin prête à en découdre et Mao  un peu plus fauché. J'ai récupéré une peau de bique pour ma selle, mais elle est synthétique ...Tant pis. Je suis encore chargée comme un mulet mais tout de même plus légère que pour l'Afrique. Une fois de plus pour le départ la météo a été clémente, c'est à dire que le soleil d'hiver était bien là et les températures polaires aussi en cette fin décembre, mais pas de pluie. Mes poignées chauffantes ont encore sauvé mon motard de l'onglée ... A Marseille la SNCM (socièté normalement compétente mais ...) a fait fort et nous sommes plus que nombreux à vouloir embarquer, au total trois bateaux au départ...et en cette veille d'Aïd cela fait du monde qui pousse au portillon. J'avance au pas et au moment du check de billet on s'aperçoit qu'à Lyon on m'a refilé un billet scooter...C'est aussi discret qu'un papy de 80 ans voulant rentrer au zoo avec un billet enfant !!! Pas grave surtout qu'on a le temps : le bateau est annoncé avec beaucoup de retard.

Attente pour passer la douane, attente sur le quai, une bonne occasion de voir l'efficacité de la SNCM qui réussi sur un parking vide à emboutir deux de ses véhicules !!! Enfin attente au cul du bateau, grâce à un traîtement de faveur j'ai pu m'échapper de la foule et j'embarquerai la première, ouf...Ca a du bon d'être la seule moto . Attente en bonne compagnie....

Ces allemands partent passer le réveillon dans les dunes tunisiennes, il y a des copines à moi dans le camion... Mao a offert le thé au driver qui du coup lui a repassé des cornes de gazelles et une casquette de son club.... Ca commence bien. Comme prévu, pas peu fière, j'ai embarqué la première. Matelas mousse et coussins pour que je puisse passer une agréable traversée, il faut dire qu'en revenant de Tunisie le bateau a été un peu secoué et qu'une trentaine de voitures a été cabossée ... Pas cool !!! Il faut dire aussi que ce n'est pas la traversée pour la Corse avec cinquante motos à garer .

Partis en retard nous ne pouvions pas arriver à l'heure, bien au contraire.... Le pseudo planning avait du plomb dans l'aile et avec le rendez vous à la frontière libyenne il a fallu mettre les bouchées doubles une fois débarqués à Tunis juste pour la messe de nuit ce soir de Noël... Dormi sous la flotte pendant que Mao mettait au point son plan de bataille. Pas de tourisme, pas de petites routes, pas de pause à Djerba ; en avant par l'autoroute et sous quelques gouttes d'eau ... No comment, mais quand je vois la flotte dans les fossés et que je me rappelle les saucées d'hier sur le ferry je suis contente du retard . Après une journée moyenne donc nous voilà à Ben Gardane. Fidèle à son train de vie Mao choisi l'hotel le plus moisi et je me contente d'un coin de terrasse où je passe la nuit à l'abri . Vivement demain et la Libye. Je n'ai même pas eu le droit de ravitailler en bord de route , pourtant j'avais soif. Par contre Mao lui ne s'est pas gêné, un thé par ici, un thé par là, du pain, des gateaux...

La nuit a été calme, il faut dire qu'il n'y a presque rien ici. En route vers le pays de Khadafi... Les dromadaires veillent, les petites dunes aussi, les "stations essence sauvages" de même. A l'heure à la frontière j'ai dû attendre en plein soleil , cool le soleil, au niveau du poste de controle libyen que notre contact arrive avec deux heures de retard... Puis attendre encore quatre heures de plus  pour qu'il règle tous les problèmes qui étaient soit disant ok il y a deux semaines... Enfin j'ai changé d'identité, ou du moins de plaque pour faire couleur locale. J'ai aussi récupéré un nouveau carnet de passage en douane (le mien est valable presque partout sauf ici...sacré Khadafi) et même une assurance...

Tout est possible et rien n'est certain. Du coup je devais voyager seule à condition de faire la traversée vers l'Egypte par la route côtière en moins de sept jours et me voilà avec un compatriote Vito de chez Mercedes qui va me servir de poisson pilote. Au début je faisais la gueule puis en voyant la signalisation j'ai modéré mon jugement... Surtout en voulant jouer un peu les touristes.

Avant la pause culturelle à la vieille ville de Sabrata j'ai mieux compris pourquoi Mao ne voulait pas me désaltérer côté tunisien.... En Libye pour l'équivalent de trois euros j'ai pu faire le plein de mon réservoir de trente litres.... Ca fait rêver, du coup pas de retenue sur la poignée de gaz. D'ailleurs tout le monde se lâche sur l'accélérateur ici, les "Pigeots" 404 me suivent à 140 km/h mais j'ai des doutes sur leurs freins.

Moi qui voyais la Libye et son désert je ne m'attendais pas à ramasser des seaux d'eau sur la gueule. Quel déluge au départ de Tripoli, mes aptitudes tout terrain me permettent de prendre les chemins de traverse quand la route  n'est plus qu'une vaste mare. Derrière mon "Vito pilote" j'ai pu noter que pluie ou sec les "Pigeots" ont les mêmes performances, ce qui ne me rassure pas vu l'état des pneus et des balais d'essuie glace. Avec une telle météo rouler n'est pas le plaisir attendu et les pauses touristiques s'annulent pour continuer à avancer coûte que coûte. Passé Leptis Magna le soleil et la route se dégagent, bon le paysage n'est pas top et les dromadaires voyagent en semi remorque vers une destination improbable mais c'est mieux. A Ras Lanuf la police nous prend en main et quitte sa télé diffusant en boucle les actions des résistants irakiens contre les américains pour nous trouver de quoi dormir. Une compagnie pétrolière nous accueillera pour la nuit. Endormie par le bruit des vagues au petit matin je suis partante pour la "route du désert" qui va me faire gagner des délais. Le plein toujours avec le même ravissement et le soleil qui pointe le bout de son nez. Serait ce une belle journée ? A 170km/h derrière "mon" Vito j'en doute un peu. Il faut dire qu'il n'y a pas grand chose à voir à part les reliefs des cargaisons des camions accidentés: éviers par ici, chiottes par là, ailleurs des miroirs ou des sacs de ciment ...

A la station du "milieu" pas de jus... mais je retrouve avec joie des panneaux dans une langue que je connais, ouf. Il faut dire que jusque là la seule indication que j'avais comprise c'était la direction de l'aéroport à cause de l'avion dessiné.... Pour le tourisme il me faudra repasser, je voulais aller poser mes roues cramponnées à Bir Hakeim mais cela n'a pas pu se faire pour cause ...d'inondations !!! Du coup en serrant les fesses et en roulant 90 km voyant d'essence rouge je suis arrivée à Tobrouk. J'y ai visité les cimetières militaires, témoins muets des affrontements de la seconde guerre mondiale. J'ai aussi pu papoter avec un chauffeur de taxi, incontournable à Tobrouk. Et pour ceux qui pensent que je suis une grosse moto .... No comment !!!

Pour ma dernière balade en Libye je pensais que tout irait vite et bien... Erreur. Après avoir changé pour la troisième fois d'accompagnateur, après avoir passé une nuit de plus dans un hôtel de luxe, luxe stalinien des années 70, il aura fallu que je rende ma plaque d'immatriculation et que je passe le poste frontière, aussi pénible mais un peu plus court que pour entrer... A moi l'Egypte.

Et bien l'Egypte elle se mérite aussi , surtout en ce début de pélerinage à La Mecque... Beaucoup de libyens vont en voiture jusqu'à un port de la mer rouge et ils passent tous par le seul poste frontière ouvert, donc le mien... Bon s'il n'y avait eu que Mao en une heure tout était vérouillé mais j'y étais ... Et moi ce n'est pas passeport et visa, non c'est tryptique et carte grise. Pas pareil. De bureau en bureau, de papier en papier, de photocop en photocop (tant qu'il y avait de l'électricité) on a même été jusqu'à prendre non pas mes empreintes digitales mais mon numéro de chassis au "calque et crayon à papier". Je crois aussi que j'ai un peu coûté cher à Mao. J'ai encore changé d'identité, mes nouvelles plaques me vont mieux que les libyennes car elles sont jaunes... voir mandarine !!!

Avec tout ce temps passé aux formalités administratives comme ils disent, rouler libre en Egypte est un plaisir d'autant plus grand que l'on arrive de Libye ... En plus la route tournicote, monte et descend et les gens parlent un peu d'anglais. Pas le paradis mais c'est vachement mieux que de l'autre côté. J'ai accéléré le rythme pour aller vers le canal de Suez et la ville de monsieur De Lesseps. J'ai fait le taxi involontairement pour un papy égyptien qui m'a remis sur la bonne route et qui surtout après 40km a du être bien enrhumé vu sa tenue. Désolée.

Le ferry 6 m'a fait traverser le fameux canal de Suez pour me déposer dans ce qui est mon vrai premier objectif de vacances : le Sinaï. Pause pour observer les bateaux et savourer l'instant.

Le Sinaï, j'y ai croisé mon premier et seul motard à moto de tout ce voyage. J'ai profité des rivages de la mer rouge et du soleil. J'ai profité des routes de montagne qui m'ont délicatement fait grimper jusqu'au monastère de Sainte Katherine et ses 1100m d'altitude. Sable et montagne, ciel bleu et repos pendant que Mao fidèle à la tradition part à l'assaut des cîmes.

En route vers Nuweiba le désert s'offre à moi sous toutes ses facettes: dunes, rochers. Plein les yeux avant de tenter de quitter le pays. La sortie sera à l'image de l'entrée sauf que de ce côté ci presque personne ne parle anglais et que le billet d'un dollar aide un peu certaines choses... Pour les autres les camionneurs syriens et jordaniens m'ont pris sous leur coupe et m'ont facilité toutes les démarches. Toujours cet attrait pour ce qui est différent sans doute. Beaucoup de spectateurs et beaucoup de questions en attendant l'embarquement pour moi sur le "fast ferry" vers  Aqaba et la Jordanie. Pour mes amis routiers l'embarquement sera pour plus tard, beaucoup plus tard vu qu'ils sont plus de cinq cent à attendre une place billet dans la poche....

Comme toujours j'étais la première à embarquer en Egypte mais aussi la dernière à sortir en Jordanie. Ce n'était pas grave car si j'ai bien changé de pays j'ai plus l'impression d'avoir changé de monde !!! Les formalités, de nuit, se font en trente minutes, visa, assurance, tryptique et change d'argent compris !!! Magique et vive l'ouverture... Une fois de plus pour ma première étape dans un nouveau pays j'arrive en ville de nuit, et merde. Sauf qu'ici l'éclairage public fonctionne et que la ville est "rationnelle". Me voilà stockée pour trois jours de repos dans un "couloir passant" devant l'hotel Pétra. Je raconte ma vie à des tripotées de casseroles made in france (le vendeur tient me le préciser...) et autres utilités provenant d'Asie. Ici pas de place pour les gadgets inutiles.

Par des routes meilleures que chez nous j'ai continué vers le Wadi Rum avec la secrète envie d'y poser mes roues. Hélas c'est une réserve naturelle très règlementée, j'ai donc dû me contenter en trichant d'une petite escapade vers Dishé, mais pas sur les sites les plus visités.

Mao m'a fait des infidélités en partant deux jours en Toyota... J'ai quand même eu droit à ma tempête de sable et à causer avec les dromadaires qui sont moins impressionnants et moins sympas que les éléphants d'Afrique... Oui je sais je me la joue un peu mais je n'ai pas la grosse tête.

En poussant vers le nord et la ville de Pétra énorme changement!!! Un col à 1700m m'accueille avec la neige et une température plus que basse. Le moral chute autant que les poignées chauffantes montent.  Petite route de montagne à moitié dégagée, je passe sur des oeufs. Et moi qui grognais j'ai appris plus tard que les routes ont été coupées trois jours avant et que plus personne ne pouvait circuler .... Pas de panique donc .

Arrivée glaciale à Pétra , Mao se trouve un hôtel royal et moi je me caille dehors... Mais il va à nouveau me laisser tranquille pendant quatre jours où il va arpenter les chemins de la vallée et de la vieille cité. Pour se faire pardonner ce nouvel abandon nous repartirons vers la mer morte d'abord par une magnifique et minuscule route de montagne.

Nous n'y croiserons pas une voiture en plus de cent kilomètres , pas plus que nous n'en croiserons sur la route déserte qui traverse le Wadi Araba.

De descente en descente l'altitude diminue, le ciel se dévoile,  la température remonte .

En vue de la mer Morte le paysage change aussi . Fini le manque de végétation, place au maraîchage et aux paturages. Les bédouins sédentarisés veillent sur leurs nombreux troupeaux.

Le passage dans cette région chargée historiquement m'aura permis de mieux appréhender la "Terre Sainte" au travers du mont Nébo, du Jourdain, du sanctuaire de Lot. De voir aussi la tolérance de uns par rapports aux autres. Bon d'accord une fois je n'ai pas été très tolérante envers des gamins casse pieds qui touchent à tout.... Autre histoire. Mieux vaut partir vers l'est et ses chateaux, l'est et son désert, l'est et sa route vers Bagdad.

Marcher dans les traces de Lawrence d'Arabie, un motard, me plait plus que de prendre celles de Jésus .... Grâce à cela j'aurai eu la chance de croiser des autruches et des oryx et encore des bédouins qui dans ce coin moins touristique sont restés plus authentiques.

Le temps passe et l'heure de quitter ce beau pays qu'est la Jordanie arrive après deux belles semaines qui m'ont réconciliée avec les voyages. Une dernière soirée me permettra de voir le coucher de soleil sur le lac de Tibériade, le plateau du Golan, Israël et la Syrie, le tout en plein milieu de ruines romaines. L 'Histoire quoi ....

La sortie de la Jordanie, sans doute facilitée par la petite taille du poste frontière, se fera comme une fleur, mieux que l'entrée si c'est possible. Comme toujours pas de photo ....

Entrée rapidement en Syrie par la petite porte j'ai pu m'apercevoir de la gentillesse et la serviabilité de ses habitants qui pallient à l'absence de signalisation par l'escorte jusqu'à la bonne route .... Après quelques détours culturels dans le sud du pays je suis bien entendu arrivée à Damas ma première étape de nuit .... Mais si à Aqaba cela n'est pas un problème ici c'est quelque peu différent. Si le syrien est serviable c'est quand il n'est pas au volant, on devrait d'ailleurs dire au klaxon, sa conduite est "exotique"... Alors de nuit je vous laisse imaginer mais je suis sûre que vous serez loin de la réalité. Du coup je me suis même retrouvée dans la vieille ville avec mes valises en train de chercher ma route ou plutôt le quartier des hotels routards. Galère. Parking et reconnaissance à pied me donneront la solution. L'homme à tout faire de mon hôtel de souk Sajoura embarquera et indiquera à Mao la bonne direction à coup de claques sur les épaules et tant pis pour les sens interdits. Au moins j'aurai vu où est le centre culturel français ... Quatre jours à faire la belle dans mon quartier, quatre jours de repos après cette arrivée mouvementée. Départ moins mouvementé pour l'est du pays, mais Damas n'est pas une ville où je passerais ma vie de moto... Par contre Mao à pied y resterait bien encore un peu. Vers l'est je fais la connaissance de nouveaux véhicules, enfin nouveaux pour moi. Ici il faut dire que contrairement à la Jordanie les deux roues sont nombreux et viennent souvent de Chine ...Mais parfois on trouve des trois roues qui n'ont rien à voir avec mon papy "Kaïser".

La route vers l'est c'est la route de Bagdad et les syriens qui sont de vrais commerçants ont vite flairé le bon plan. Ainsi est né le "Bagdad café 66", perdu au milieu de nulle part. Plus tard il a été copié par le "Bagdad café 55", mais surtout n'allez pas demander pourquoi 55.... Ils ne le savent pas . Ce que je sais c'est qu'un thé brulant à côté du "goutte à goutte" qui distille sa chaleur ça vaut le coup de s'arrêter.

La route de l'est en plus de la route de Bagdad c'est aussi la route du désert, le grand désert que l'on retrouve à l'identique en Arabie Saoudite et en Irak. Désert plat et venteux où les derniers nomades ont bien du courage pour y survivre.

La route vers l'est c'est enfin la route de Palmyra, perle du désert, très belle cité antique et comme son nom l'indique grande palmeraie. Une très vieille ville où je peux presque librement me promener.

Une très vieille ville où le temps semble s'être arrêté. Une très vieille ville au milieu d'un calme et d'une sérénité incomparables surtout au moment où le soleil part se reposer.

 

En poussant toujours à l'est je m'enfonce un peu plus dans le désert puis me rapproche encore de l'Irak si médiatique et arrive à Der Er Zor.

Lieu chargé d'histoire la vallée de l'Euphrate a même accueilli les français entre les deux grandes guerres mondiales (pas les locales) mais tout comme pour l'Irak personne n'en parle. Seule la passerelle sur ce fleuve rappelle à qui veut bien l'entendre que le drapeau "bleu blanc rouge" a flotté ici il n'y a pas si longtemps que cela....

Ma nuit à Der Er Zor sera la seule fois où l'on essaiera de me "prendre" quelque chose. Mais la main de "Fatma" installée sommairement à mon entrée en Libye aura repoussé l'éventuel voleur ... Pas envie de rester dans ce coin là. Je repars vers des lieux plus hospitaliers (...) sur la route des croisades. Je quitte ces terres totalement musulmanes pour aller vers d'autres influences.

Petites routes de montagne, oliviers, les hauteurs enneigées du Liban se devinent sur la ligne d'horizon: le Krack de Chevaliers m'attend.

 

Des croisades j'ai vu les chateaux, j'ai vu les chapelles et les églises mais de chevaliers je n'ai point vu. En revanche à défaut de chevalier j'ai pu croiser leur monture...

Après les montagnes par petits bonds je glisse vers la côte pour retrouver cette Méditerranée que j'ai perdue de vue depuis ... Depuis Alexandrie l'année dernière. Cela me semble si loin ...

Dernière rencontre, dernier sourire, ultime pause le long de cette courte route côtière syrienne et il est temps de passer la porte vers la Turquie.

Les temps forts du voyage sont en théorie derrière moi. Je me sens sur la route du retour et presque en Europe. C'est aller un peu vite en besogne. La Turquie n'est européenne que géographiquement mais j'avoue qu'avec l'accueil que j'ai eu à mon petit poste frontière je me suis sentie chez moi. Pas de souci administratif, mon assurance est valable ici, on trouve des euros dans les distributeurs, l'essence est encore plus chère qu'à Paris et mon pilote est déjà fiché dans le grand ordinateur suite à son passage en 2006.... Big brother .... Comme il se doit je suis arrivée de nuit à mon étape après avoir ramassé une saucée digne de celle de Libye (...) et avoir roulé en crabe pendant des kilomètres suite à un terrible vent latéral. J'ai échappé de peu à une enseigne de "bouï bouï" volante!!!

Comme MAO connait un peu la Turquie pour y être passé plusieurs fois il a décidé de rester le long de la façade méditerranéenne pour profiter des routes en corniche et des stations balnéaires désertées. Des escapades en montagne sont toutefois au programme avec le canyon de Kropulu.

Voilà qui change du bord de mer et des routes orientales... Air frais et jolis paysages, routes et pistes taillées pour moi.

Et en plus arrivée en haut il y a encore de vieilles pierres, en l'occurence un théâtre romain. Je me demande comment Mao ne fait pas d'overdose.

Le ciel qui ne m'avait pas gatée au départ s'est bien rattrappé et la suite du déplacement ne s'est faite que sous le soleil. Les kilomètres s'accumulent lentement mais sûrement. Je n'ai pas encore fait d'étape marathon mais je me méfie car il y a des jours où en démarant je ne sais pas où Mao veut aller. D'ailleurs il ne le sait pas lui non plus....

Cette insouciance a du bon parfois. Sur le port de Side alors que Mao venait de refuser une chambre "trop chère" Mustafa nous aborde , précisant qu'il est motard et possède un hôtel. Il se propose de nous héberger. En fait d'hôtel il possède environ 2000 chambres grand standing sur place...Et dans l'hôtel qui m'accueille trône un vieux side BMW et une non moins ancienne moto bavaroise.... dans ces cas là le temps passe trop vite en aussi bonne compagnie. Nous avons fait le plein de bonnes adresses et autres tuyaux à savoir, routes, sites ... 

Le temps se couvre. Le détroit des Dardannelles de triste mémoire s'ouvre devant moi. Il est l'heure de quitter l'Asie géographique pour entrer en Europe. Un dernier ferry à prendre et le tour est joué.

Sortie de la Turquie moyenne, ce n'est pas la zone euro encore. Par contre malgré sa tête de terroriste mon motard préféré m'a aucun problème pour rentrer en Europe....Pas comme les pauvres clandestins bloqués au poste côté turc.

La Grèce ne devait être qu'un mal nécessaire pour rejoindre Igoumenitsa mais avec Mao nous voilà parti dans la région de Météora . Génial, superbe, différent de tout ce que l'on avait vu jusque là. en plus coup de cul Mao a encore trouvé La pension qui va bien . Chez "Arsenis", pension motarde perdue dans la montagne au pied des monastères qui eux sont perchés tout là haut... Trop top malgré la dimension religieuse de l'ensemble.

Après les terres musulmanes, la Terre Sainte, voilà maintenant le temps des terres orthodoxes et de leurs mini chapelles semées un peu partout au bord de toutes les routes de Grèce. Mais contre la pluie certaines bestioles choisiront ma protection plutôt que celle d'un dieu autant incertain qu'invisible ....

Dernière étape vraiment relax, dernière étape vraiment de vacance je prends la route d'Igoumenitsa avec beaucoup de précautions. En 1998 Mao y a ramassé une belle pelle dans la montagne alors avec la route mouillée et glissante comme marqué sur le panneau...j'y vais cool.

Et de toutes façons le rythme ne pouvait pas être trop élevé vu les conditions météo. Bye bye le soleil et vive les poignées chauffantes. N'oublions pas que nous sommes en Europe, en février et à 1700 mêtres d'altitude....

Enfin la mer à nouveau. Le port est là, le ferry pour l'Italie aussi. Petits ronds sur la plage, grand bol d'air marin avant d'aller affronter la pollution urbaine.

Toujours embarquée en premier mais cette fois ci je m'en serai bien passée. Me voilà coïncée au beau milieu de nombreux poids lourds que je verrai tous défiler devant moi avant de sortir en Italie.

L'Italie pour le débarquement, pas de contrôle, on ne pourra pas les accuser de délit de sale gueule. En ce dimanche matin le soleil emmerge de la brume au dessus de Venise mais les vacances sont maintenant terminées. L'étape marathon c'est pour aujourd'hui. Il en faut une par voyage. 1117 kilomètres dans la journée pour rentrer à Lyon via Fréjus pour boire un café et éviter de traverser les Alpes pleines de neige et de froid. La nuit se couche sur Lyon, j'ai retrouvé mon grand père "Kaïser" et je vais avoir plein de choses à lui raconter, plein de photos à lui montrer sur ces 12500 kilomètres sur trois continents différents. Putain que c'était bon .....

Pour d'autres images plus touristiques:

http:/maokaledo.uniterre.com (photos)

http:/maocaledo.uniterre.com (textes)


08:48 - 25/03/2007

Découvertes africaines.

Bonjour je m'appelle Mandarine, j'ai vu le jour en Allemagne en 2002 et je vais vous parler de ma vie. Il faut d'abord dire que ma vraie vie n'a commencé qu'à partir du moment où ma route a croisé celle de Mao (d'où M & m's, Mandarine et Mao ou Moto et motard...), avant cela de mes deux précédents partenaires je ne garde que quelques 5000km parcourus en France à jouer les baroudeuses dans les villes ou devant les terrasses de bistrots... Pourtant j'avais tout ce qu'il fallait pour tailler la route ou la piste, Bmw m'avait déjà gâtée d'origine et Touratech s'était occupé du reste: une vraie image de pub !!!!

 

 

Dès le début avec Mao j'ai vu que ce serait différent. 2003, en pleine canicule alors que tout le monde cherche l'ombre et la fraicheur  nous navigons un peu partout en France aux heures les plus chaudes. Trop chaud ? Pas grave, pour traverser le pays la sacoche de réservoir accueillera un camel bag avec des glaçons dedans, j'aurai le réservoir au frais et mon pilote n'aura pas besoin de trop s'arrêter... Ah oui mon pilote c'est le petit là....à coté de moi.

 

 

Arrivée à Lyon souvent j'entendais parler de voyages, d'Afrique, du Pacifique, je commençais à m'y croire. Sauf que pour les voyages c'est le gars Mao qui s'y est collé. Pas pour l'Afrique non, pour l'Afghanistan. Et pas pour une semaine , non non , trop facile, neuf mois!!! Neuf mois je suis restée seule à attendre. Enfin seule pas tout à fait, Mao qui n'est quand même pas le roi des égoïstes a retrouvé ma famille et c'est donc en compagnie de ma grand mère "Gessie" et de mon grand père "Kaïser"  que j'ai patienté. La famille c'est eux ....

 

 

Fin 2004 j'ai senti un peu d'agitation, des bruits étranges, des colis qui arrivent... Rendez vous chez mon médecin traitant et me voilà avec des chaussures neuves, et elles ne sont pas prévues pour la ville. En plus des chaussures il y a aussi les chaussettes, même un traitement "spécial anti ampoule" et plein de jolies pièces en alu. Je me doutais bien de quelque chose, j'entendais parler bateau, soleil, vacances mais Mao n'avait toujours rien dit alors j'attendais , mais avec un peu d'impatience quand même. Et un soir me voilà avec le support de Gps au guidon, jusque là rien de grave, mais surtout  la peau de mouton emblématique se retrouve sur mon dos. Là le doute n'est plus permis on va y aller , je ne sais pas où mais c'est sur on va y aller. Il faut dire que grand mère "Gessie" m'a raconté l'histoire de cette peau de mouton qui a déjà vécu.... mais uniquement sur des motos européennes. J'étais donc parée pour le départ. Il n'a pas tardé, le lendemain matin sous un soleil de janvier j'arrive à Sètes pour embarquer sur le "Marrakech" à destination de l'Afrique, mon rêve et ma destinée se réalisent. N'oublions pas que je suis certes de la grande famille Bmw mais branche "Adventure" ma chère ....

 

 

Sur le bateau je n'étais pas peu fière, Mao lui s'en foutait à moitié je crois qu'il l'avait déjà pris deux fois ce raffiot mais il était content quand même, toujours l'appel de l'étranger, on ne le refera pas celui là !!! Sauf qu'à un moment il a eu les boules, un vrai gros coup de blues et ça ne lui ressemble pas. Il m'a expliqué et forcément il y avait de quoi avoir les putains de grosses boules de merde : son "roi du Dakar", le plus humain des pilotes de rallye raid, Monsieur MEONI venait de se tuer en Mauritanie...Bad day ce 11 janvier 2005.  Déjà le jour de l'anniversaire de Mao, le 29 septembre, il y avait le Grand Richard Sainct qui partait voir si rouler sur les nuages était plus sympa que sur les dunes... Alors deux en moins de six mois ça fait beaucoup. Enfin sur le bateau tout le monde a été gentil avec nous. Il faut dire qu'en plein hiver les motards ne courent pas les rues alors forcément entre pitié ou admiration les gens ne restent pas indifférents.

 

 

Mes premiers tours de roue en Afrique se sont donc passés à Tanger, cela commence bien, un vrai mythe cette ville, mais avec le Mao aux commandes pas de perte de temps. Le but est d'arriver à la frontière mauritanienne au plus vite. Heureusement le soleil est bien présent, mais c'est un soleil d'hiver... Mes poignées chauffantes sont plus qu'appréciées .... Du coup on fait un peu de tourisme le long de la cote atlantique. Je suis traitée comme une princesse et arrive à passer des nuits au chaud, ce qui n'est pas du luxe au regard des températures.

 

 

Je commence à en ramasser plein les yeux et je me rappelerai longtemps de mon premier coucher de soleil marocain.

 

 

 A Essaouira je retrouve Alain, une connaissance du bateau, qui nous invite à partager le poisson en plein air. Toujours plus au sud après Agadir la circulation diminue tout comme le nombre de touristes. Après Layoune j'aperçois mes premières dunes, supporte mon premier gros vent latéral et écrase une floppée de cadavres de criquets. Je suis bien dans ce que l'on appelait le Sahara Occidental. De nombreux camping cars mettent des touches de couleur le long de la grande falaise atlantique. Ultime étape marocaine à Dakhla, ex Villa Cisnéros, blottie sur sa presqu'île et peuplée de nombreux militaires. Je retrouve la "tribu des voyageurs", certains continuent vers la Casamance, d'autres partent en Mauritanie à la recherche de météorites, que des gens intèressants. Pendant que Mao se gave de patisseries , de soupes épicées, d'escargots et de brochettes de chameau je refais le plein d'énergie à tarif réduit, détaxe "saharaouïe" oblige ...

 

 

Toujours plus loin vers le sud me voilà arrivée à Bir Gandouz frontière maroco-mauritanienne. Il est loin le temps où pour la franchir il fallait arriver en convoi encadré par l'armée... Loin aussi 1993 le temps où Mao passait en "douce" en provenance du sud .... Les formalités sont rapides d'un coté comme de l'autre, on peut même avoir son visa directement ici au milieu de nulle part. En fait la seule pseudo difficulté c'est la traversée du "no man's land" entre les deux postes frontière. Je soupçonne les locaux d'entretenir les bacs à sable pour effrayer les voyageurs et les encourager à prendre un guide ... Moi j'ai donc inauguré le sable et je l'avoue je ne suis pas vraiment faite pour cela , surtout avec deux valises pleines de m... Enfin avec un peu d'aide, du calme et de la sueur la Mauritanie m'a acceptée. Après avoir longé la voie du chemin de fer le plus lourd du monde, étape à Nouadibou chez Momo, lieu proche du paradis du routard.  La tribu s'y retrouve, boit des bières, échange des ouguïas, assure les véhicules, mange des langoustes et récupère les dernières infos sur l'avancement de la route vers la capitale. J'ai de la chance, le bitume est loin d'être fini et je pourrai rouler des mécaniques plus tard en disant "moi quand je suis passée il n'y avait pas de goudron ...."

 

 

Pas de goudron mais pas de soleil non plus ... Mao va être vénéré comme un dieu ici car à peine arrivé la pluie s'est mise à tomber. Même si je n'aime pas me traîner dans la boue je reconnais que c'est vachement bien pour les mauritaniens.

 

 

Avec un petit bidon en réserve de sécurité j'ai pu faire le trajet vers la capitale sans serrer les fesses à cause du carburant . Cela ne veut pas dire que je n'ai pas serré les fesses pour autre chose... Toujours ce fameux sable... Quand je peux aller à droite ou à gauche pas de problème par contre si je suis liée à la piste cela devient tout suite un peu plus sport ... De jour, alors imaginez moi de nuit en train de jouer les équilibristes sur les pistes parallèles au chantier, tolle ondulée et sable  .... En tous cas j'ai définivement quitté mon habit de ville pour une panoplie un peu plus baroudeuse.

 

 

Content de mon arrivée de nuit à l'Auberge Sahara à Nouatchott, merci Alain pour la bonne adresse. Merci aussi à Simon, motard anglais au repos forcé avec sa clavicule cassée sur son "Dominator", pour la bière salvatrice. Merci enfin au "belge" pour son repas pantagruélique. La vie est belle.

Après cette étape je tire mon chapeau à Mao et ses "bédouins sénégalais" avec lesquels il a voyagé dans ce pays en 1992 et 1993, sûr qu'à ce moment là la piste des camions sud/nord cela devait être quelque chose en pleine chaleur ou de nuit ...

Avant de prendre la route de l'espoir, en fait la route de l'est, il faut préparer les papiers pour le Mali et c'est juste juste  avec la fête de l'Aïd qui arrive...

 

 

A partir de maintenant Mao est à égalité avec moi : il découvre ce coin et moi j'ai l'avantage de retrouver de la famille (voir plus haut, mais il me semble que c'est une cousine...). Les paysages sont plus que superbes, la route bonne, la température agréable pour janvier. Nouvelle rencontre avec des "associatifs" qui descendent des voitures au Burkina, notre route se croisera à nouveau. Le voyage est maintenant bien lancé. L'entrée au Mali se fait comme une fleur, il faudra juste soudoyer la douane un jour d'Aïd pour avoir tout de suite le "passavent' qui permet de rouler dans le pays. Mais à Nioro la police est tout à fait intègre... et attend que tu sortes de la douane pour te réclamer l'assurance qu'en ce jour d'Aïd tu n'as pas eu le temps de prendre. Deux possibilités : soit tu payes un peu tout de suite, soit tu payes un peu plus plus tard.... Au final Mao aura un beau reçu qu'il pourra glisser dans son carnet de voyage.

 

 

Pendant que Mao se débat avec les papiers et cuit au soleil je profite d'une fraîcheur relative à l'ombre dans notre campement. Un photographe y a installé son studio et en ce jour d'Aïd les clientes défilent pour se faire tirer le portrait , toutes mieux habillées les unes que les autres . Interrogations pour la piste à prendre, finalement ce sera  Diéma et Diédiéni. Une vraie piste taillée pour moi, large, sans trop de sable et avec de beaux baobabs pour servir de balise.

 

 

Cela s'annonçait plutôt bien, en plus c'était désert vu que tout le monde mangeait le mouton, cool. Mais cela n'a pas duré ; les "bassines" de sable ont rapidement fait leur apparition m'obligeant à slalomer de droite à gauche. J'en ai évité quelques unes, mais pas toutes. Après de belles figures de style l'inévitable est arrivé et je me suis vautrée dans ce p.... de sable mou de m...... Quatre fois sur 130 km !!! On dit toujours qu'on est jamais seul en Afrique et bien ce jour là je peux vous garantir que si. Le gars Mao s'est craché dans les mains et m'a relevée seul à chaque fois... et il a regretté d'avoir rempli les valises. Le soleil de janvier est chaud au Mali ....

 

 

Au bout de cette piste encore de la piste mais cette fois ci une magnifique tolle ondulée sur laquelle je glisse tel un tapis volant. Je suis là dans mon élément et justifie l'appellation de "rail", la moyenne horaire ou les pointes de vitesse peuvent en attester !!!

 

 

Les pauses se suivent, un coup pour un coca (ils sont trop forts chez coca on les trouve partout ...), un coup pour un paquet de biscuits de mer, un coup simplement pour  souffler, enfin pour Mao pas pour moi. Heureusement que lui comme moi nous aimons la chaleur... Ce qui n'empèche pas les arrêts à l'ombre.

 

 

A la fin de la journée voilà Bamako qui m'ouvre les bras. Arrivée de nuit, bonjour le jardinage pour trouver de quoi se loger... Au petit matin on part prendre le déjeuner à coté de celui qui va nous guider pour les quelques jours à venir: le fleuve Niger. Quelle majesté, quelle sérénité en cette saison. Du coup on y sera encore pour le coucher de soleil et même pour y dîner d'alocos, de brochettes et de "flag" fraiches (chez flag ils sont aussi forts que chez coca, il y en a partout, mais eux c'est normal ils jouent à domicile). Il n'y a pas que Mao qui mangera, les moustiques eux aussi se régaleront de chair presque blanche....

 

 

Le long du Niger la vie est bien présente, l'occasion pour moi de jouer mon rôle de facteur d'intégration. S'il y a un point commun entre tous les pays dans lesquels j'ai pu séjourner c'est bien l'intéret que suscite la moto, quelque soit la moto et quelques soient les interlocuteurs. Le regard s'illumine, les questions pleuvent, l'admiration et le respect pour le motard sont palpables. Vive la liberté !

 

 

Je peux maintenant faire la belle et jouer moi aussi les habituées en montant à nouveau en "bateau", enfin bac serait plus juste. Direction Djéné et sa magnifique mosquée. Rencontre avec un couple hollandais à vélo qui tente de traverser l'Afrique vers le sud. Ils se sont fait voler leur carte routière alors je leur file un coup de main pour recopier la notre. Solidarité des deux roues .... Après avoir revu mes "humanitaires motorisés", le monde est petit, je continue ma route vers le pays Dogon où je vais me reposer pendant quatre jours, le temps pour Mao d'aller crapahuter un peu et de fatiguer son guide .... Quand je vous dit qu'il n'est pas normal ce mec !!! Je repartirai de Sangha allégée puisque Mao y a laissé des bouquins , des fringues et une batterie sur place. A moi la piste !!!

 

 

Pour rentrer au pays des hommes intègres, c'est à dire le Burkina Faso, il nous aura fallu payer la taxe de travail supplémentaire à la douane .... Du coup le douanier partagera son repas et son whisky avec Mao, le tout en plein "cagniard" et à midi.... Pour la gendarmerie ce sera différent, la chemise camouflée de mon motard servira de sauf conduit !

 

 

Après Bamako encore un nom qui fait rêver : Ouagadougou. Ouagadougou envahie par les scooters et autres 125 chinoises. Ouagadougou où les deux servent non seulement de taxi mais aussi de transport en commun. J'ai pu croiser ou doubler des 125 avec six biquettes attachées dessus. Pour la version poulets je n'ai pas pu compter il y en avait trop !!!

Je poursuis vers le sud et le ranch de Nazinga pour effectuer un soit disant mini safari. A nouveau la piste, une petite piste et au détour d'un virage... la famille des éléphants (Toré kounda ?). Putain quelle surprise et quelle frousse d'abord quand le grand mâle s'est mis à barrir à mon passage, il était à peine à cinq mètres de moi ... mais après quel pied ... Mao m'a garé un peu plus loin moteur tournant, prudent le gars... et j'ai pu en profiter pendant que lui faisait ses photos . Ah oui je ne sais plus si je vous ai dit qu'il aimait bien la photo.

 

 

 

Après une pareille rencontre, les singes et les crocodiles croisés plus tard ont bien attiré mon oeil mais ce n'était pas la même chose. Je vous jure que je ne fais pas la blasée mais la barre était haute dès le début . En tous cas c'est un coin bien joli et tranquille que ce ranch de Nazinga. Bon je crois bien qu'il y a parfois des chasseurs mais tout est réglementé pour une bonne gestion alors .... Et puis ils sensibilisent les lycéens sur la protection de la nature. Après nous avons continué vers des pays que Mao n'avait même pas envisagé de visiter cette fois ci ... Sens de l'improvisation ?

 

 

Donc à nous le Ghana pour perfectionner notre anglais alimentaire et mentir comme des arracheurs de dents ... Sans carnet de passage en douane nous avons réussi malgré tout à rentrer. Belles pistes vers le Togo mais pour la signalisation ... Du coup nous sommes sortis par un poste frontière lilliputien, le douanier nous a offert à boire, sans bakchich, et nous a laissé filer par un portail style portail de maison... Drôle de frontière. Plus loin coté togolais il a fallu que je fasse voir le contenu de mes valises moins pleines depuis le Mali. Pas de visa et pas de passavent pour circuler, étonnant.

 

 

Au Togo j'ai retrouvé du relief et des virages, ce qui signifie aussi des camions en vrac dans les fossés... Mao a failli lui retrouver encore de ma famille, des cousines à moi qui auraient été dans la première escorte du premier président togolais.... Au moment de quitter le pays les emmerdes ont failli commencer puisque les douaniers vers le Bénin voulaient voir le visa que leurs homologues ne nous avaient pas donné... Avec deux pin's moto l'affaire s'est vite réglée... Heureusement que ce n'était pas le lendemain car le président cassait sa pipe et là sans papier cela aurait été plus rock & roll.

 

 

L'entrée au Bénin passait comme une lettre à la poste sauf que nous n'avions qu'une semaine pour traverser le pays. Vu la taille du pays ce n'est pas un souci. Et comme en plus nous continuons vers le Niger, kein problem comme dirait mon grand père Kaïser. L'avantage au Bénin c'est que nous sommes juste à coté du Nigéria, non personne n'est pris en otage par contre toute l'essence vient de la contrebande. Au début Mao se méfiait un peu et voulait me préserver alors que je ne suis pas difficile et peux avaler n'importe quel carburant, sauf le gas oil. Et puis à force de tomber sur des stations sans essence il a bien fallu faire quelque chose...

 

 

Heureusement au bord de la route les stations parallèles sont nombreuses et l'essence y est même filtrée... Il ne reste qu'à bien compter le nombre de bouteilles que je peux avaler, au maximum je vais à trente . Tout ceci me permettra d'atteindre le Niger, ce coup ci je parle du pays pas du fleuve. Au poste frontière je prendrai un passager, non clandestin, en la personne d'un policier qui me guidera gratuitement pour obtenir les papiers nécessaires. Mao que certains lieux font toujours rêver décide de continuer vers ... Agadez. En fait il veut se renseigner sur le terrain sur la possibilité de rentrer en France via l'Algérie.

 

 

Au pays des touaregs tout est possible mais rien n'est certain. Le retour, qui n'est pas encore à l'ordre du jour, peut bien se faire par l'Algérie mais cela coute cher... Au moins j'aurai pu poser mes roues à Agadez, croiser un fou qui part seul à pied pour traverser le Ténéré,  assister à la grande prière du vendredi, voir le coucher de soleil sur la mosquée caractéristique et prouver à Mao que d'une seule traite on pouvait redescendre vers Niamey soit plus de mille bornes africaines dans la journée. Plus tard retour à la case ... Burkina. Aucun souci à la douane, je suis un peu déçue...Vers Koudougou je retrouve "mes humanitaires" qui sont arrivés à bon port avec leurs deux voitures. Je vais mettre mes pneus dans les traces de la BMW de P'tit Luc motard dessinateur ou dessinateur motard de talent. Petit monde encore ...

 

 

Durant ce séjour à Koudougou tout le monde sera aux petits oignons avec moi. Je serai bichonnée, nettoyée, lustrée. Je me demande d'ailleurs qui est le plus fier des deux ? Les démangeaisons me reprennent dans les roues et je glisse à nouveau vers le sud et la région de Banfora. Je confirme à Bobo Dioulasso qu'au pays des hommes intègres il y a des exceptions dans la police .... Arrivée non loin de la frontière ivoirienne je croise mes premiers hippopotames, entre gros on se comprend... De son coté Mao fait une cure de rhum fabriqué localement, mélangé avec du bissap ça le fait parait il .... Petit monde encore, à Banfora nous avons des nouvelles de périgourdins (la patrie de Mao si toutefois il en a une) croisés au sud maroc voilà plus d'un mois. De même nous retrouvons des belges vus au pays Dogon... Comme nous ils doivent aller jusqu'à Dakar alors rendez vous est pris pour plus tard. Jamais deux sans trois...

 

 

Suite à cette escapade nous reprenons la route du Mali et de Bamako. Coup de chance dans la capitale , Mao a bien choisi son hotel et à peine sommes nous installés que nous sommes invités par le patron lui même motard et actif au sein d'un moto club de potes. Cela va nous valoir de jouer les stars, de raconter notre périple chez "Tonton" le béhèmiste et de partager repas et boissons. En avant la flag et les allocos...

 

 

Cela va aussi nous permettre de faire une balade avec la police, montée sur une moto volée et sans casque pour le passager qui passe son temps au téléphone mobile... Vive l'Afrique. Merci à la bande pour l'accueil et à Patrick pour sa gentillesse. Merci enfin à ma cousine BM de m'avoir guidé vers la route submersible.

 

Réposée et repue j'ai repris la piste vers Kayes en ayant une petite pensée pour "madame Ba". Le trajet m'a semblé plus court cette fois ci. La force de l'habitude, je deviens une vraie maintenant... Belle rencontre avec encore un hollandais à vélo. Le fou, c'est lui qui me demande si ce n'est pas trop dur !!!

 

 

Un peu plus loin sur la même piste c'est Simon, l'anglais sans sa clavicule cassée ce coup ci, que je croise. Il venait de sortir de ce que j'avais nommé dans ma tête "ma galère" puisque je m'étais étalée quatre fois et avais mis quatre heures pour 130 km. Si pour moi il s'agissait de galère pour lui c'était l'enfer ; il a mis dix heures pour passer avec son "Dominator" , pourtant il a le gabarit mais la guérisson était trop récente ... Pas de bière à partager cette fois ci, dommage. Mais petit monde quand même.

 

 

Il faut vraiment profiter de cette piste vers le Sénégal car elle ne va pas tarder à être civilisée et le bitume va faire son apparition facilitant la vie de tout le monde ou presque. Les ronchons qui grognent, et dont Mao fait parfois partie, doivent bien comprendre que le progrès est là pour tout le monde et ce ne sont pas les pistes qui manquent pour qui veut les trouver. Le temps gagné sur ces futures routes permettra d'aller voir dans les coins encore plus reculés et d'y rester un peu plus longtemps.

 

 

Entre Kayes et Kidira les baobabs veillent et fournissent un peu d'ombre dans cette fournaise. Mao arrive "chez" lui au Sénégal. Les deux ans passés là bas ont laissé des traces.  J'entends encore le récit de ses virées avec ses potes. Et puis il y a aussi les histoires de ma grand mère "Gessie", elle porte l'appellation "Paris Dakar" et sans elle je ne serai pas là aujourd'hui. Tout comme nous ne serions sans doute pas là si un certain monsieur Sabine ne nous avait pas fait rêver avec sa course de folie.

Kidira, Tambacounda une bonne gamelle pour Mao , c'était en 93, maintenant le goudron, mauvais, est là .

 

 

L'objectif du voyage est presque atteint, après quelques détours certes, mais Dakar est en vue. Il faut prendre le temps de savourer le calme du Siné Saloum avant d'aller affronter la cohue de la capitale.

 

 

Pointe de Djifer, Joal Fadiouth, N'Dangane le tourisme est bien présent  mais les pistes sont toujours là, pourtant nous ne sommes qu'à cent kilomètres de Dakar.

A partir de maintenant il ne peut plus m'arriver grand chose. J'ai réussi à me faufiler au travers des monstrueux embouteillages de Rufisque. Avec mon cul d'éléphant dû aux valises ce n'était pas gagné. J'ai retrouvé les potes à Mao, ils sont un peu fiers les gars du moto club 23 Bima de voir le petit de retour. J'aurai droit à la totale pendant trois semaines ; je suis la reine de Dakar.

 

 

Dommage que le café "Ponty" soit fermé sinon on y mettait le feu pour tatie Danielle avec Yannick... Maintenant je connais la petite corniche, la grande, la place de l'indépendance où il s'en est passé de bonnes certains soirs... Je suis baptisée, non mieux que cela je suis intronisée. J'ai même réussi à trouver une caverne d'Ali Baba, bon d'accord Ali Baba est un peu libanais et la caverne un peu un garage, mais il y a là Norton, Bsa, BM, Vincent, Harley...Le tout dans un état à faire pleurer les puristes... C'est l'Afrique.

Maintenant il ne reste plus qu'à rentrer à la maison... Ce n'est pas forcément le plus rigolo mais bon. Cela va rajeunir mon pilote . Vérification des horaires de marée et en avant vers ST Louis par la plage comme à la bonne époque.

 

 

Rien n'a changé pendant tout ce temps là. Les pécheurs se battent toujours avec leurs filets, les pirogues font toujours les belles avec leurs couleurs multiples. Et la plage me supporte pendant plus de 150 km, le pied....

 

 

 

 

Option bac pour rentrer au pays des maures. Là ça a un peu changé et c'est même devenu un sacré bordel à Rosso. Le fleuve Sénégal tout comme le pays est derrière moi. Le retour est vraiment enclenché laissant un petit goût amer dans la gorge.

 

 

Dans mon "malheur" le soleil est tout de même là pour m'accompagner et les dunes sont toujours aussi belles. Le chantier de la route Nouatchott Nouadibou avance. Le trajet me semble bien anodin cette fois ci. Le passage du "no man's land" aussi. Le douanier m'a bien fait rire en proposant à Mao de m'essayer juste là .... Dans tes rêves !!! Bye bye Mauritanie et merci pour tout.

 

 

Traversée du Sahara Occidental vécue comme une punition, long, pas intéressant. Coup de génie du pilote avant Agadir changement de programme on va prendre le temps de rentrer et profiter de l'anti Atlas. Il faut dire que le Mao il est déjà venu à sept reprises dans le pays alors il connaît un peu mais il y a encore des coins où il n'a pas mis les roues. Et justement c'est le cas de l'anti atlas du coté de Tafraoute. Je retrouve du relief, des routes qui tournent et de la verdure. Après deux mois et demi de voyage cela fait plaisir surtout que la météo nous chouchoute. Toujours le petit monde , en discutant avec un vieux motard français retraité à Tafraoute Mao s'aperçoit qu'il l'avait déjà vu et discuté avec lui en 97 à ...Vannes !!! Pas la peine de préciser que tous jolis spots des environs nous ont été dévoilés.

 

 

J'ai enfin pu discuter avec des copines motardes japonaises. Elles venaient de Tchécoslovaquie et leurs proprios étaient un peu "paumés". Mao les a remis dans le bon chemin et les a conseillé pendant deux jours. J'ai pu leur faire voir les gorges de Todra et de Dadès, je me suis régalée mais elles aussi.

 

 

 

Les routes incontournables nous ont vu passer. C'est bien d'avoir le temps de flâner...

 

 

Encore un col, une vraie route à motard, mais facile celle là... Et puis plus tard la surprise du chef, il ne m'aura vraiment rien épargné....

 

 

Trois mois après le départ me revoilà à la case Sètes. Le soleil est à nouveau présent et le premier repas de Mao se fait en terrasse le long du grand canal... Au compteur 20 000km de plus, neuf pays visités, une vidange effectuée, des litres de thé avalés, encore plus de litres d'essence toutes origines confondues . La belle vie d'"Adventure" quoi .... Mao s'est rasé, j'ai eu droit à mon coup de Karcher, la peau de bique trop usée est partie à la poubelle il est temps de rentrer à la maison.

 

 

Je vais reprendre mon habit de ville en attendant le prochain voyage, mais le temps va me sembler long....même en compagnie de "Gessie" et "Kaïser".

 

 

Vous pouvez suivre d'autres voyages aux adresses suivantes:

 

http:/maokaledo.uniterre.com (galerie photos)

http:/maocaledo.uniterre.com (carnet de voyage)


04:03 - 16/03/2007

Autobiographie de Mandarine qui nous parle de ses voyages et différentes expériences....

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